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Le récit de la conférence de Rafael Correa à Sciences Po

Dernière édition : 14 mai 2008

AgirpourIngrid.com - Paris - 13/05/08

Marion Carde et Edith Albert, étudiantes à Sciences Po et membres du Comité de soutien, ont eu l’opportunité d’assister à la conférence que donnait le président équatorien Rafael Correa dans la célèbre institution parisienne, ce mardi 13 mai. Pour AgirpourIngrid.com, elles relatent tous les points qu’a souhaité aborder Rafael Correa.


Dans l’Amphithéâtre Emile Boutmy, Rafael Correa a d’abord tenu à tisser un portrait de l’Amérique latine, celle du XXème siècle mais aussi celle du début de ce XXIème siècle, qui est encore à ce jour la scène de bouleversements sociaux, politiques et économiques. Des bouleversements dont l’écho est ressenti partout dans le monde.

Selon le président équatorien, les espérances que les nouveaux systèmes politiques latino-américains ont amenées se sont véritablement écroulées lorsque les ingérences extérieures se sont renforcées. Par la référence aux « ingérences extérieures », Rafael Correa évoque sans le moindre doute les Etats-Unis, et ainsi l’Empire du mal, selon l’idée qu’en a le président vénézuélien Hugo Chavez, qui apparaît en filigrane tout au long de son discours.

Le contraste qui existe entre les discours institutionnels prononcés par les Etats-Unis et leur attitude est un phénomène préoccupant, réceptionné de différentes façons par les pays latino-américain. On comprend dans cette idée que Rafael Correa parle de la Colombie, qui montre un autre visage que celui de ses voisins, acceptant pleinement l’ingérence américaine qu’il refuse.

Cette ingérence est aussi économique, par l’application du néo-libéralisme au continent sud-américain, modèle qui se révèle être un véritable échec puisqu’il conduit à des privatisations abusives, à l’augmentation de la pauvreté et à une exclusion sociale grandissante.

L’essentiel de la première partie du discours de Rafael Correa est une offensive contre les États-Unis et leur modèle économique, une première partie qui s’attache également à souligner les qualités des peuples d’Amérique latine. Le président équatorien dénonce ainsi les « bénéficiaires des politiques néo-libérales [qui] refusent d’assumer la situation démocratique actuelle, [et qui] mènent des actions illégales » et les « encouragements de campagnes de déstabilisation tout au long du continent », se référant aux activités séparatistes de Bolivie ou du Venezuela qui vont à l’encontre d’une unité sud-américaine.

Revenant sur les événements du mois de février dernier, qui ont failli aboutir à une crise militaire régionale, Rafael Correa mentionne des « ingérences extrêmement graves, réalisées ou encouragées par des puissances extérieures », soulignant une « tentative de déstabilisation effectuée par la Colombie contre l’Equateur ».

Contre l’attitude colombienne, le président équatorien révèle qu’il aspire à l’unité latino-américaine, puisque « tous les gouvernements, ou presque, de la région partagent ce désir de [l’]intégrer et d’accomplir, d’avoir une Amérique latine unie ». Mais Rafael Correa ne se détache pas pour autant de l’idée que, « en Amérique latine, la souveraineté est une attitude, face à la vie publique, qui s’exerce avec fermeté », esquissant des frontières à cette unité, limites que les gouvernements sud-américains doivent respecter.

Qualifiant les changements que traverse l’Amérique latine comme ceux d’un « changement d’époque », le président équatorien décrit sa vision d’une « Amérique latine indépendante qui parle de sa propre voix pour la première fois dans l’histoire », du fait qu’elle est « peut-être en train d’amener sur terre l’utopie ».

Les relations difficiles avec la Colombie n’appartiennent pourtant pas au passé, malgré des discours et des gestes qui auraient pu le laisser penser, puisque les questions posées au président Correa à la fin de son discours révèlent l’existence d’une atmosphère tendue entre les deux pays. Évoquant premièrement les dizaines de milliers de réfugiés colombiens en Équateur qui ont fui la guerre civile et économique de leur pays, Rafael Correa clôt son discours en revenant sur la crise du mois de février 2008.

Par rapport au président colombien Alvaro Uribe, le président équatorien rappelle ses liens présumés avec des narco-trafiquants, en insistant sur la véracité du scandale médiatique actuel. Quant aux accusations qui lui ont été adressées par la communauté internationale, relatives à ses éventuelles relations avec les FARC, Rafael Correa les a niées en insistant sur l’absence de preuves juridiques suffisantes.

La récente visite du ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, en Équateur, lui permet d’évoquer l’existence de très bons rapports avec la France. Sa présence dans l’hexagone aujourd’hui est liée à la recherche de solutions humanitaires au conflit colombien. Il ne s’agit pas uniquement d’Ingrid Betancourt mais aussi des autres otages, dont il tient à souligner que certains sont équatoriens ou nord-américains. Affirmant sa volonté de contribuer à la libération de tous les otages, le président Correa affirme que « s’il faut prêter le territoire équatorien pour la libération des otages, l’Equateur est prêt à l’envisager ».

Face aux critiques opposées par un auditeur colombien qui reprochait au président équatorien son attitude conciliante envers les FARC, celui-ci affirme que « l’Équateur ne connaît pas de narco-trafic, de culture de la drogue », mais que « c’est la Colombie qui a tous ces problèmes », et que la « politique unilatérale » menée par Alvaro Uribe ne fait qu’aggraver la situation.

Souhaitant ardemment une intégration régionale, le président équatorien juge néanmoins indispensable la présence d’une force internationale en Colombie qui permettrait de résoudre le conflit auquel elle est confrontée, l’Équateur étant selon lui une « victime du conflit colombien ».

Interrogé sur la rupture du contact avec les FARC, suite à la mort de Raul Reyes (n°2 du secrétariat des FARC), le président équatorien tient à affirmer qu’il y a de l’espoir quant à une nouvelle collaboration. Sans naïveté, selon ses propres mots, il croit à un aboutissement favorable du processus de paix et réitère sa volonté de s’y inscrire pleinement.


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